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Soyez modernes |
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« Soyez modernes, avait conseillé Nicolas Sarkozy aux éditeurs, faites de la publicité à la télévision. » Perplexe, le monde du livre s’était mis à faire ses comptes, estimant qui pourrait y aller, qui n’en avait pas les moyens. Puis, le président de la République a annoncé la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Plus besoin de calculs : les écrans publicitaires des chaînes privées vont devenir inaccessibles à tous. Tant pis pour les uns, tant mieux pour les autres.
Mais moins de publicité, c’est plus de temps pour les programmes. Or Nicolas Sarkozy avait également demandé aux éditeurs de « réflé - chir à une grande émission littéraire ». Du coup, la proposition présidentielle s’en trouve relancée. Il y a du temps d’antenne à prendre pour le livre et pourquoi pas aux heures de grande écoute. Reste à trouver la bonne idée, celle qui scotche le téléspectateur devant l’écran et, cerise sur le gâteau, l’ envoie en librairie.
Dès la fin octobre, le Syndicat national de l ’édition avait demandé à Pascal Josèphe, professionnel du petit écran reconverti dans le conseil média, d’étudier la place du livre à la télévision. Ses conclusions arrivent donc fort à propos. Mais après avoir passé en revue les émissions plus ou moins littéraires de 1999 à2007, son étude aboutit à un résultat déconcertant.
Dans la période considérée, le nombre d’heures de diffusion des émissions consacrées au livre, entièrement ou en part i e, a nettement augmenté (262 heures en 1999-2000, 338 en 2006-2007). Or, dans le même temps, leur audience a fortement diminué, passant de 7,5millions de téléspectateurs à… 3,7 millions.
Le SNE y voit « un double problème de programmation (choix de l’horaire) et de médiation (choix du présentateur) ». On s’en doutait déjà un peu. Faut-il aller chercher la bonne idée à l’étranger ? Le SNE a demandé à Ronald Blunden, directeur de la communication d’Hachette Livre, de se pencher sur les grandes émissions populaires que sont « The Op rah Winfrey Book Club » aux Etats- Unis et « Richard & Judy Book Club » en Grande- Bretagne. Il s’agit de déclinaisons, mensuelles pour l’une et bimensuelles pour l’autre, de talk-shows quotidiens diffusés entre 17 et 18 heures. Ces émissions sont fortement prescri ptrices. Mais elles ne sont consacrées, à chaque fois, qu’à un seul livre. Le nombre d’ ouvrages préconisés est donc très faible : 12 en une année pour l’émission américaine, 25 pour l’ autre… Le tir étant concentré, on comprend qu’il soit efficace. Avec le modèle anglo-saxon étudié, on est à l’exact opposé de la diversité à la française. Et ra res sont ceux qui seraient prêts à sacrifier cette diversité sur l’autel du best-seller imposé. Il faut donc inve nter une grande émission littéraire, fédératrice et populaire. Un beau défi, n’est-ce pas, Bernard Pivot ?
Christine Ferrand, Livres Hebdo