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Monastère de Cimiez (extrait)

Les fresques alchimiques de la sacristie
Article en consultation Libre !

Il nous est précisé que :

OMNI MACVLA CARENS

Il n’y aucune tache en elle

L’apparence de cette pierre précieuse, de forme carrée, ne manque pas de nous rappeler la pierre cubique des anciens francs-maçons, le mercure philosophique des alchimistes. Et en effet, lors de la coagulation de cette pierre, « il n’y a aucune tache en elle », car le pur appelle le pur, et notre mercure ne saurait avoir les qualités requises pour transmuter les métaux vulgaires en argent, s’il subsistait en lui la moindre trace d’impureté.

À Dampierre sur Boutonne, la pierre coagulée flotte sur les ondes marines, écrit Fulcanelli, et nous ne pouvons mieux dire, encore une fois, qu’il faut se reporter au commentaire de l’Adepte, relatif à l’obtention du mercure animé par le feu du soufre. Sur la peinture qui nous occupe, deux arbres poussent côte à côte ; l’un est porteur de fleurs blanches, l’autre arbore un feuillage brun. Ce sont là les hiéroglyphes des deux natures métalliques, soufre et mercure, dont l’union indéfectible produira la pierre astrale, précieuse médecine intermédiaire de l’oeuvre au blanc.

Préface

La tendance historique à la personnification qui avait fait du dieu Thot, le fondateur légendaire égyptien de l’Alchimie, accordait aussi des révérences au dieu latin Vulcain, sourcilleux maître de forge et au dieu grec Hermès, transmetteur remuant des volontés de l’Olympe et qui donnera son nom à la « science hermétique ». Feu et savoir devaient être en effet les pouvoirs qui permettraient de manière particulière la transformation d’un élément en lui-même purifié ou l’obtention d’une entité nouvelle, elle-même issue d’une purification.

L’homme, se rendant possesseur de cette faculté, pourrait alors mettre celle-ci au service d’un désir de connaissance, d’illumination, d’élévation mystique jusqu’à par extraordinaire, la découverte de la formule d’immortalité, notion que les Églises se devaient de tenir à distance.

Ce que nous savons aujourd’hui des bouleversements telluriques du passé, nous montrant les transformations opérées naturellement par les réchauffements climatiques, les infiltrations, les sédimentations, les solidifications, les variations végétales, les adaptations animales… invitait intuitivement l’homme à susciter des rencontres de matières qui lui feraient comprendre les phénomènes réputés obscurs que la vie présentait jusque dans les domaines spirituels. C’était aussi la tentation d’accélérer ces processus et ainsi de se rendre maître du destin présent et futur de l’humanité. Par bonheur, les vrais officiants de ce « nouvel ordre des choses » comprirent qu’un tel orgueil, de même que la recherche d’un éventuel profit matériel par de telles pratiques, les conduiraient à la ruine autant morale qu’intellectuelle. Les expérimentateurs, souvent issus des milieux religieux, virent bien la juste place qu’ils devaient accorder à la poursuite de leurs expériences par rapport à leur foi ou leur croyance. Ainsi l’Alchimie tendra-t-elle à se rapprocher de la mystique chrétienne par la saine soumission à sa dogmatique, en considérant la transformation de la matière à laquelle ils aspirent, comme le miroir d’une purification de l’âme humaine, sans rejeter toutefois les obtentions à caractère thérapeutique et bientôt chimique qui en seraient le corollaire.

Venue d’Orient, l’Alchimie avait d’abord intégré les schémas de celles des religions qui entretenaient le mystère et où les exigences capricieuses des dieux ne laissaient que peu de place à la clairvoyance humaine.

En rencontrant le monothéisme, entre sagesse, intelligence et ésotérisme, la philosophie hermétique prenait la forme que nous lui connaissons en général encore aujourd’hui. Or, l’initiation, l’expérimentation, l’accomplissement durement atteints du travail hermétique, avaient besoin de signes et d’un vocabulaire sensible et concordant.

Le mythe païen et la symbolique biblique allaient lui fournir un riche répertoire de représentations plastiques et littéraires dont elle tirerait ses propres thèmes. C’est cette conjugaison qu’on peut reconnaître dans l’exceptionnelle décoration murale du monastère franciscain de Cimiez.

Son style s’apparente à ce caractère baroque de la fin du xviie siècle qui dérivait de la Contre-Réforme. De larges volutes forment le fond décoratif où les figures apparaissent tantôt savantes, tantôt populaires ou naïves. En certains points, ce sont des signes sous-jacents que l’alchimiste peut percevoir dans les évocations des dogmes chrétiens, en particulier sur deux voûtes, l’une consacrée à la Vierge Marie de l’Apocalypse, l’autre au Christ de l’Incarnation et de la Passion. Ailleurs, le Grand OEuvre alchimique développe ses séquences de façon autonome. (...)

Roland Marghieri

Conservateur honoraire du Monastère et du Musée franciscain de Cimiez à Nice

Un dragon ailé, faisant face au soleil, ou à la lune, cherche à atteindre le luminaire de son haleine putride.

Voir le livre ici




Posté le 16 décembre 2010