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La sorcellerie en France aujourd’hui

Article en consultation Libre !

Dominique Camus est ethnologue et sociologue, auteur d’une thèse d’ethnologie soutenue à l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris) en 1985, portant sur : "Sorciers et jeteurs de sorts en Haute Bretagne". Il a enseigné à l’université de Rennes 1. Il se consacre maintenant à écrire des articles et des livres sur le sujet, et il rencontre un franc succès de librairie. En complément, il donne des conférences. Il est aussi artiste peintre.

Aussi loin que l’histoire peut remonter, les hommes ont été dominés par la croyance en des pouvoirs surnaturels et ont eu recours à la magie et à la sorcellerie. L’ethnologue breton Dominique Camus, ancien enseignant à l’université de Rennes I, étudie depuis plus d’une vingtaine d’années les croyances populaires et les pratiques magiques et a écrit 8 livres consacrés à l’étude des mondes sorciers. Ses observations portent surtout sur les personnes créditées de « dons » pour découvrir les choses cachées ou les événements à venir comme les sourciers, les radiesthésistes et les devins, voyants ou médiums...). Elles concernent aussi celles qui posséderaient ces »pouvoirs » salvateurs de guérison, les leveurs de maux, les magnétiseurs et les sorciers (et autres termes variés desquels on les a affublés ou qu’ils se sont attribués. En dépit des progrès de la science et de la médecine, beaucoup de nos concitoyens pensent toujours aujourd’hui que certaines individus possèdent des pouvoirs extraordinaires, hors du commun, supérieurs aux possibilités des médecins, qui leur permettent d’agir sur d’autres par l’emploi de rituels appropriés. En ce début de XXIème siècle, la sorcellerie est toujours présente dans le monde rural. Mais elle a aussi envahi la ville et aucun milieu social ne lui échappe. les pratiques magiques de guérison n’ont pas disparu de nos villages.

La méthode de travail de Camus consiste à suivre les porteurs de dons ou pouvoirs dans leurs pratiques pendant un certain temps (souvent plusieurs années) Il commente leurs comportements en journaliste plutôt qu’en ethnologue, sans porter de jugement critique, et explicite leur rôle et les motivations des personnes viennent les consulter. Les données qu’il utilise sont celles qu’il a lui même recueillies directement auprès des acteurs (leurs témoignages, voire des photos de personnes questionnées, figurent dans ses livres), depuis la prise de contact entre un client et un sorcier ou prétendu équivalent jusqu’à la fin du travail. Grâce à des rituels à base de formules et de gestes, les "leveurs de maux" continuent en effet de soigner de multiples maladies. Les rituels sont secrets. Que prétendent faire ces jeteurs de sorts, ces désenvoûteurs, ces guérisseurs ou barreurs de maux ? Qu’attendent d’eux leurs clients, qui sont-ils ? Dominique Camus donne des éléments de réponse dans cet ouvrage.

Être envoûté, c’est être confronté à une dramatique succession de malheurs censés provenir d’un jeteur de sorts. Mais qui est ce mystérieux personnage qui s’acharne ainsi à la perte de ses victimes ? Dominique Camus nous suggère que cet individu existe réellement, qu’il n’est pas issu de l’imagination de ceux qui pensent subir ses agissements. Qui sont ces mystérieux individus que l’on nomme suivant les actes qui leur sont attribués ? Que font-ils pour satisfaire les demandes de ceux qui s’adressent à eux ? Le lecteur aura un aperçu de la richesse du sujet en consultant son dernier ouvrage ici en ligne.

dans un interview donné à Ouest-France, Dominique Camus explique sa position :

"J’ai voulu étudier les pratiques magiques (sorcellerie, magnétisme, voyance, médiumnité...) en étant auprès des personnes qui les utilisent, tout simplement parce que la recherche ne s’était jamais penchée sur la question. J’entendais parler de ces pratiques en France, j’avais envie de me renseigner sur le sujet et je me suis aperçu qu’il y avait des enquêtes faites par des chercheurs français sur la magie en Amérique Latine et en Afrique, mais très peu de choses sur la France. Beaucoup de personnes ont un avis sur le magique mais les gens qui connaissent le sujet se comptent sur les doigts d’une main. Le problème, c’est qu’à chaque fois que l’on aborde le sujet on doit se positionner pour ou contre, et forcément la recherche s’en trouve biaisée. Moi-même, en restant neutre, j’ai eu du mal à enquêter. Les personnes que je rencontrais se demandaient pourquoi un universitaire s’intéressait à eux puisque, forcément, je ne pouvais pas croire ce que l’on me disait ou me montrait. Cela est dû au fait que l’opposition entre le magique et la science est intrinsèque. Alors que la science est basée sur un savoir, des règles qui sont les mêmes pour tous et qui autorisent à parler, le magique est lui, basé sur une compétence que l’on s’attribue et qui est reconnue selon des règles sociales très précises. Juste parce que l’on a un don. J’ai travaillé sur le terrain plus de 8 ans, auprès de sorciers (j’en ai rencontré une centaine), et une vingtaine d’années auprès des magnétiseurs et de voyants. En tout, j’ai du rencontré 2000 adeptes de ces pratiques, sans à priori. Je n’ai pas à être juge des pratiques sociales que j’étudie, ni leur porte-paroles." "On a bien souvent l’impression qu’elle [la sorcellerie] se pratique surtout dans des communautés étrangères (le vaudou haïtien, la magie brésilienne), mais c’est complètement faux. Il existe une magie française, même si elle reste relativement tabou parce qu’elle continue à faire peur. Ce tabou renforce la confusion entre désenvoûtement et exorcisme, sorcellerie et possession. La sorcellerie c’est un homme qui peut agir sur un autre par le biais d’un envoûtement. L’exorcisme, c’est une pratique reconnue par l’Église qui consiste à libérer un homme possédé par le Diable. Seuls les prêtres exorcistes nommés par leur diocèse sont habilités à le pratiquer dans l’Église catholique romaine. Dans la sorcellerie il est question de magie, dans l’exorcisme de spirituel. Mais, si les Français ont du mal à faire cette distinction, c’est aussi parce que l’Église elle-même a du mal à affirmer sa position. Seuls une trentaine de prêtres exorcistes, qualifiés d’intégristes, reconnaissent avoir rencontré des personnes possédées. Les autres parlent de personnes en souffrance auprès desquels ils admettent faire un travail de soutien psychologique. Les demandes qu’ils reçoivent sont très nombreuses. J’ai travaillé avec le prêtre exorciste de Rennes, à titre d’exemple, il recevait environ 5 demandes par jour, soit grosso modo 1500 demandes par an." (Interview à Ouest-France.)

Voir le livre ici



Posté le 26 janvier 2009